EST-CE QUE VOTRE TÉLÉVISEUR EST BRANCHÉ ?

EST-CE QUE VOTRE TÉLÉVISEUR EST BRANCHÉ ?

À chaque mois, Mathieu Rousseau, coordonnateur des ligues scolaires et responsable du secteur primaire au RSEQ-QCA, aborde un sujet.

Vous pouvez réagir à ce texte par courriel au mrousseau@qca.rseq.ca.

Nous vous invitons également à nous faire part de questions ou de sujets que vous voudriez voir abordés dans cette section.

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EST-CE QUE VOTRE TÉLÉVISEUR EST BRANCHÉ ?

Devant son téléviseur qui refuse de s’allumer, un vieil homme décide d’appeler le soutien technique. De bonne foi et professionnel, l’employé au bout du fil propose quelques solutions qui ne règlent pas le problème. Alors qu’il est sur le point de suggérer au client d’envoyer un technicien, l’inévitable saute aux yeux du technicien. « Est-ce que votre téléviseur est branché, monsieur? »

Devant son équipe qui joue sans émotion et qui cumule les erreurs de concentration, un entraineur se questionne longuement, mais sans trouver de solution. Il décide d’appeler un collègue plus expérimenté qui lui suggère plusieurs solutions, mais, partie après partie, rien ne règle le problème. Alors qu’il est sur le point de suggérer à son ami  l’embauche d’un psychologue sportif, l’inévitable saute aux yeux du mentor. « Est-ce que tes jeunes mangent bien avant la partie? »

Bien que très semblables, ces deux situations diffèrent grandement par leurs conséquences.

Véritable base de la performance sportive, l’alimentation est rarement intégrée dans la pratique quotidienne des entraineurs œuvrant avec les adolescents. Souvent basée sur des notions incomplètes ou quelques mythes diffusés au large, les connaissances en ce domaine sont, au mieux, bien sommaires, quand elles ne sont pas carrément fausses.

Pourtant, en plus de lui permettre d’améliorer les performances des jeunes et d’inculquer de saines habitudes alimentaires, les bonnes connaissances de base en alimentation sportive de l’entraineur pourront éviter beaucoup d’erreurs aux conséquences d’ampleur variable.

 

Les petites erreurs

Certaines erreurs influenceront la performance immédiate des athlètes. Par exemple, consommer des protéines avant une partie.

Certains pensent à tord que la consommation de protéines avant un effort physique, tel des noix ou du fromage en grains représente une bonne façon d’avoir de l’énergie rapidement. Or, c’est tout le contraire. Avant d’être disponibles pour l’organisme, les protéines devront être métabolisées et transformées en glucides, processus très long qui ne permettra pas leur accessibilité pendant l’effort qui suit leur ingestion. Il en résultera souvent simplement une sensation de lourdeur.

Vaut mieux privilégier les glucides contenus dans le riz, les pâtes, le pain et bien d’autres afin d’avoir une énergie rapidement disponible.

Ce genre d’erreurs est facilement évitable avec un minimum de connaissances. Ainsi, lorsque l’équipe manquera d’émotion et de concentration, l’entraineur saura qu’il doit chercher la solution plus loin et pourra se creuser la tête avec raison.

 

Les grosses erreurs

Certaines erreurs peuvent avoir des répercussions qui, sans être dramatiques, dureront plus longtemps ou contribueront à l’acquisition de mauvaises habitudes.

La prise de suppléments par des adolescents, bien que sans réel danger direct, représente bien une de ces erreurs.

 

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Tel qu’illustré dans le graphique ci-haut, les bénéfices apportés par la consommation de suppléments (aide ergogénique) ne représentent qu’entre 1 et 3 % des bénéfices liés à l’alimentation sur la performance sportive. À l’inverse, une saine alimentation pour le développement sportif représente entre 87 et 94% de ces bénéfices. Les suppléments ne sont que la pointe de la pyramide et, à moins que la base ne soit solide, leurs bénéfices seront nuls.

De plus, certains athlètes pourraient voir cette prise de suppléments comme un raccourci vers la performance leur permettant de négliger leur alimentation. En découle un risque de voir certains jeunes mal informés développer de mauvaises habitudes alimentaires.  Loin d’améliorer leurs performances, ils nuiront ainsi à ces dernières en plus d’acquérir des habitudes néfastes.

L’entraineur aura donc tout avantage à s’assurer que ses athlètes maitrisent bien les fondements d’une saine alimentation pour le développement sportif et la récupération, plutôt que de suggérer la prise de suppléments, sans quoi, ces derniers ne seront qu’une dépense importante et inutile, au mieux.

Ces erreurs sont autant d’occasions manquées pour permettre aux athlètes de développer leur plein potentiel et, surtout d’utiliser le sport comme moyen de promotion d’une bonne hygiène de vie à long terme.

 

Les erreurs catastrophiques

Certaines erreurs, souvent faites de bonne foi, mais trahissant une méconnaissance du sujet, peuvent avoir des conséquences plus dommageables. Il en va ainsi pour certains commentaires faits par un entraineur dont l’interprétation par l’athlète peut se traduire en comportement nuisible pour la santé. Par exemple, une athlète à qui l’entraineur suggère de perdre du poids afin de gagner en rapidité pourra  voir son image corporelle affectée. Peuvent s’ensuivre des comportements malsains allant jusqu’à l’anorexie si le souci de performance l’emporte sur celui de la santé.

Ces commentaires sur la physionomie d’un athlète pourront affecter l’estime de soi de l’athlète. Or, selon Annie Motard-Bélanger, nutritionniste accréditée par l’Institut National du Sport, « l’estime de soi est un levier vers la performance ». Il est donc erroné de baser la prédiction de performance sur un gabarit typique. L’entraineur devrait toujours rester positif dans ses rapports à l’alimentation, l’apparence et le poids. Il est périlleux de chercher à diriger l’athlète à contrecourant de sa physionomie naturelle.

 

Les ressources

Tout intervenant sportif peut être confronté à des questionnements relatifs à l’alimentation par les jeunes sous sa responsabilité. Il importe donc que chacun se documente minimalement et que, en l’absence des connaissances appropriées, s’assure d’éviter de propager des faussetés qui peuvent être néfastes.

Plusieurs documents d’informations sur l’alimentation sont disponibles pour tous sur le site internet de l’Association canadienne des entraineurs (coach.ca).

L’influence des entraineurs à bien des égards est trop grande pour que leur pratique ne soit pas basée sur un minimum de connaissances scientifiques dans tous les domaines touchant leur profession.

 

Un merci spécial à Annie Motard-Bélanger, nutritionniste accréditée par l’Institut National du Sport pour sa précieuse collaboration aux contenus de cet article.

 

Par Mathieu Rousseau, coordonnateur des ligues scolaires et responsable du secteur primaire au RSEQ-QCA

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