APPRENDRE L’ALPHABET

APPRENDRE L’ALPHABET

À chaque mois, Mathieu Rousseau, coordonnateur des ligues scolaires et responsable du secteur primaire au RSEQ-QCA, aborde un sujet.

Vous pouvez réagir à ce texte par courriel au mrousseau@qca.rseq.ca. Nous publierons quelques commentaires dans la section « Discussions avec le RSEQ » du site internet du RSEQ-QCA à tous les mois.

Nous vous invitons également à nous faire part de questions ou de sujets que vous voudriez voir abordés dans cette section.

N’hésitez pas à aller voir la page Facebook du RSEQ-QCA pour suivre la discussion.

 

APPRENDRE L’ALPHABET

Nul n’aurait idée de s’étonner qu’un enfant n’ayant pas appris l’alphabet échoue lamentablement une dictée.  De la même façon, il serait difficile de qualifier l’incompétence d’un enseignant demandant une analyse littéraire à un enfant qui ne sait pas lire.

 

Bien que l’absurdité de ces situations soit évidente, c’est pourtant l’équivalent que vivent chaque année bon nombre de jeunes dans leurs activités sportives.

 

Le savoir-faire physique

 

Au même titre que l’alphabet et les chiffres, le sport compte son lot d’aptitudes de base qui doivent être maitrisées avant de les mettre en pratique dans des situations de compétition.

Le savoir-faire physique comprend les aptitudes de base (courir, lancer, grimper, sauter, botter,…) ainsi que des déterminants de la condition motrice (agilité, coordination et équilibre).

 

Ces habiletés doivent être maitrisées convenablement et apprises dans un contexte permettant l’exploration et l’échec avant d’être appliquées dans un contexte de compétition. Imaginons un instant un jeune garçon qui accuse un retard de lecture à qui on demanderait de faire une dictée devant la classe, à voix haute. Les conséquences seraient catastrophiques. C’est pourtant exactement ce que vit le jeune garçon qui n’a jamais appris à attraper à qui l’on demande de jouer au basketball avec cette même classe.

 

Malheureusement, ce retard en motricité sera souvent traité comme un manque d’aptitude irrécupérable par bon nombre de parents et l’enfant comprendra rapidement qu’il est préférable d’oublier son linge d’éducation physique que de subir cette pression.

 

Les conséquences d’un retard dans le savoir-faire physique

 

Comme en tout domaine, l’enfant n’ayant pas eu la chance d’apprendre les bases de la motricité n’aura aucune confiance face aux différentes activités physiques, il n’éprouvera aucun plaisir à les faire et, ultimement, en abandonnera la pratique rapidement.

 

Les impacts possibles sont multiples :

La santé à long terme est grandement compromise par le manque de plaisir éprouvé dans la pratique sportive.

Le développement social peut également être affecté. Les enfants ayant tendance à s’associer à ceux qui montrent des habiletés semblables, l’enfant qui ne peut suivre le rythme peut se retrouver rejeté.

Les apprentissages comme l’écriture par exemple, qui demande une certaine part d’habileté motrice fine, pourraient également être ralentis.

 

Quand et comment?

 

L’apprentissage de ces habiletés devrait se faire entre la naissance et 11 ou 12 ans, certaines habiletés demandant un développement plus précoce afin d’être bien acquises.

C’est principalement par le jeu et l’exploration libre que pourront se développer ces habiletés. Souvent, des activités physiques trop structurées et encadrées en bas âge ne permettront pas un bon développement. Ces dernières limitent la variété des apprentissages et les ralentis. Il faut avoir lancé des petits ballons, des gros ballons et des objets divers avant de pouvoir se spécialiser dans le lancer d’une balle de baseball.

 

Bien qu’optimal en bas âge, le développement des habiletés de base devrait être un souci omniprésent tout au long de la pratique sportive.

 

Le pire ennemi du développement moteur est souvent la compétition. Trop d’entraineurs seront tentés de mettre l’emphase sur le résultat des parties plutôt que sur le développement des habiletés, qu’elles soient de base (avant 11 ans) ou spécifiques au sport (12 ans et plus).  Qu’elle naisse d’une pression des parents ou du milieu de pratique, la mise en place de situations compétitives axées sur le résultat trop tôt dans le cheminement d’un jeune a des conséquences dommageables pour bien des participants :

 

  • Retranchement de certains participants ayant un retard;
  • Enseignement de « raccourcis » favorisant les résultats rapides au profit des aptitudes de base;
  • Incapacité à déceler les problèmes moteurs nuisant à l’acquisition de nouvelles habiletés.

 

Les jeunes doivent pouvoir jouer librement, explorer sans craindre l’échec et être libres de la pression engendrée par des attentes d’adultes.

 

Quel rôle pour l’école?

 

Comme milieu d’apprentissage visant le développement global, l’école se doit d’avoir un souci constant de ce développement, surtout avec les plus jeunes. Bien qu’il s’agisse du champ d’expertise de l’éducateur physique, afin d’assurer un développement optimal où chaque occasion est bénéfique, l’ensemble des intervenants impliqués avec les plus petits devrait avoir les outils nécessaires à cet apprentissage. Seule une collaboration étroite entre l’éducateur physique, les éducatrices en service de garde et les enseignants pourra favoriser ce développement pour tous durant les premières années scolaires.

 

Par la suite, il appartient aux établissements de s’assurer que leurs élèves bénéficient d’un environnement adéquat et qu’ils ne se retrouvent pas dans des situations de compétitions où l’emphase est autre que leur développement. Le concept de victoire et défaite ne devrait jamais primer sur celui de plaisir.

 

Les intervenants sportifs, qu’ils soient entraineurs ou animateurs devraient également avoir les outils leur permettant de déceler et corriger des problèmes de motricité. Cette capacité, combinée avec une certaine forme d’échange avec l’éducateur physique saura offrir aux élèves un véritable environnement sain permettant leur développement moteur. Ce développement permettra, pour certains, l’atteinte d’un niveau sportif plus élevé et, pour tous, une augmentation des chances de demeurer actif toute leur vie.

 

Cette connaissance essentielle pour les différents intervenants, bien qu’elle puisse être acquise par certaines formations comme le programme national de formation des entraîneurs (PNCE), demandera généralement un effort de recherche aux intéressés. La documentation à ce sujet développée dans les dernières années est abondante, mais les sources sont très variées. Les sites internet d’organisme tel « Québec En Forme » ou « Au Canada, le sport c’est pour la vie », entre autres, s’avéreront très utiles.

 

Le nouveau projet « Actif au quotidien », chapeauté par le RSEQ-QCA dans la région de Québec, propose également de la formation et de l’accompagnement pour les intervenants du préscolaire (service de garde, enseignants et éducateurs physiques) afin de développer un environnement propice à l’acquisition des habiletés de base.

 

N’oublions jamais qu’en sport comme partout ailleurs, l’enfant n’est pas un adulte miniature. Nos attentes et nos évaluations doivent s’exprimer en fonction du stade de développement des jeunes. Permettons-leur d’être des enfants et d’apprendre en s’amusant.

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