Quel est l’intérêt des saisons sportives au sport scolaire?

Quel est l’intérêt des saisons sportives au sport scolaire?

À chaque mois, Mathieu Rousseau, coordonnateur des ligues scolaires et responsable du secteur primaire au RSEQ-QCA, aborde un sujet.

Vous pouvez réagir à ce texte par courriel au mrousseau@qca.rseq.ca. Nous publierons quelques commentaires dans la section « Discussions avec le RSEQ » du site internet du RSEQ-QCA à tous les mois.

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3 NOVEMBRE 2014

Quel est l’intérêt des saisons sportives au sport scolaire?

Phénomène largement documenté, dont les conséquences demeurent grandement méconnues, la spécialisation sportive devrait faire partie des soucis principaux de tout intervenant sportif agissant auprès d’une clientèle adolescente.

L’athlète prometteur pour lequel vous aspiriez qui voit sa carrière prendre fin à la fin du secondaire, alors que ses genoux ne peuvent plus supporter le rythme. Le jeune rat de gymnase en secondaire 1 qui décide de ne plus jouer en secondaire 5 faute de motivation. Cette jeune fille enjouée qui ne manquait jamais une pratique, dédiée malgré un temps de jeu limité que vous rencontrez 10 ans plus tard et qui n’a jamais même enfilé une paire d’espadrilles depuis. Tous ces jeunes dont le dévouement et les efforts étaient inspirants sont peut-être des victimes d’une spécialisation trop hâtive.

Ce qu’on appelle spécialisation, soit la pratique annuelle d’un seul sport de façon organisée, bien que souhaitable pour un athlète mature engagé dans un processus d’excellence, peut avoir des effets néfastes chez l’adolescent qui prend ce chemin trop tôt.

L’augmentation importante du risque de blessures :

La concentration de la pratique sur un seul sport avant la fin de l’adolescence, et donc la répétition très tôt des mêmes mouvements en grande quantité, peut provoquer une usure prématurée des articulations et accroitre de beaucoup les risques de blessures avec le temps (jusqu’à 93% selon certaines études).

L’abandon et le burn-out sportif :

Chez les jeunes athlètes, le plaisir demeure longtemps la principale source de motivation et son absence est la raison la plus évoquée pour justifier l’abandon d’un sport chez les adolescents. Or, la pratique d’un seul sport annuellement vient grandement compromettre cette notion de plaisir chez certains après quelques années. Nous assistons alors à des abandons hâtifs pendant l’adolescence ou même chez certains à des burn-out sportifs. La plupart de ces gens abandonnent la pratique sportive pour de bon, avec toutes les conséquences à long terme sur leur santé.

Un développement psychomoteur limité :

L’exposition à un seul sport de façon organisée au début de l’adolescence viendra limiter le développement moteur des enfants. Ce faisant, malgré les bénéfices à court terme sur la performance de ces jeunes, leur progression à long terme se voit compromise. Face à des nouveaux défis plus tard dans leur carrière, ces jeunes n’auront tout simplement pas la boîte à outils nécessaires à l’apprentissage de nouvelles techniques ou au raffinement de leurs habiletés pour rencontrer les exigences de compétition d’un niveau supérieur.

D’autres conséquences de la spécialisation hâtive sont connues, mais aux fins de ce texte, les trois principales suffiront.

Quel rôle pour l’école?

Très peu répandu chez nous, le souci de la diversité de la pratique sportive chez les adolescents est très souvent accueilli avec le même argument de ceux qui en ignorent les bienfaits : « Les jeunes ne veulent pas faire un autre sport. C’est ce sport qu’ils aiment, alors si c’est ce que ça prend pour les garder actifs, autant leur permettre de faire leur sport à l’année ».

Là se trouve tout le défi des défenseurs de cette diversité de pratique : comment assurer un équilibre entre les aspirations des jeunes athlètes à court terme, souvent les seuls dont ils soient conscients, et les bénéfices à long terme? Seule l’éducation semble apte à répondre au défi.

Entre alors en jeu l’école, seul véritable lieu de pratique multisports où se côtoient entraineurs et athlètes de différentes disciplines, de différents niveaux. Ce lieu d’éducation par excellence n’est pas seulement le meilleur, mais bien le seul endroit où peut prendre place cette éducation et ainsi arriver à un changement de culture chez nos jeunes, leurs parents et les entraineurs, parfois premiers apôtres de la spécialisation hâtive.

L’école a l’énorme avantage de pouvoir présenter une multitude de sports aux élèves qui auront le loisir d’en essayer quelques-uns sans que l’engagement soit énorme. Alors que le sport municipal ou civil demandera toujours une intention préalable pour s’inscrire, une motivation de départ, la découverte de nouveaux sports au secondaire se fera souvent suite à l’invitation d’un intervenant passionné qui saura transmettre une partie de cette passion dès les premiers mots.

Une école présentant une offre de service d’activités sportives variée en regard de l’importance de sa population étudiante, bien répartie selon les saisons et où une sensibilisation aux conséquences de la spécialisation hâtive est faite auprès de tous les élèves saura-t-elle convaincre les jeunes d’adopter cette philosophie? Saura-t-elle même influencer la pratique sportive civile de certains élèves?

Comme toute connaissance, pour être acceptés, la diversité de pratique sportive et ses bienfaits doivent être enseignés. Viendra finalement un moment où chacun comprendra que l’absence de spécialisation ne veut pas nécessairement dire la pratique récréative de plusieurs sports, que la pratique sérieuse de deux sports de haut niveau dans une même année est non seulement possible, mais souhaitable au secondaire pour ceux aspirant aux plus hauts sommets, comme pour les autres. À ce moment, le sport scolaire aura permis une transformation majeure dans le paysage sportif québécois, à la hauteur des possibilités qu’offre le mariage entre sport et éducation.

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